1ère mouture mai 2017
Régulation des naissances
Progression alarmante de la population
La population actuelle croît à un rythme affolant. La population suisse a cru d’environ 1’000’000 en 12 ans, passant de 7,5 à 8,5 millions fin 2017, c’est-à-dire une augmentation d’environ 12% . Dans la même proportion, la population mondiale, à un facteur de 1000 près, est passée de 6,7 à 7,5 milliards dans ce même laps de temps. Cela veut dire que la croissance de la population suisse est du même ordre que celle du monde qui progresse principalement du fait de l’explosion de cette croissance dans les pays en voie de développement.

Un simple calcul montre dans quelle mesure cette situation pourrait s’assainir.
En considérant qu’un enfant né aujourd’hui atteindra certainement environ 90 ans (l’espérance de vie actuelle est de ~80 ans en Suisse et l’espérance pondérée ~75 dans le monde) vu qu’une génération est estimée à environ 30 ans, avec un planning strict d’un enfant pour 4 parents, en partant de 64 naissances au temps zéro avec une équipartition des sexes (la différence réelle est très négligeable), les futures personnes âgées, après leur dernière heure, auront légué en trois générations 16/4/1 individus, en tout 21 descendants. Donc l’évolution serait de 21/64ème de la population actuelle, extrapolé au niveau mondiale à moins d’environ 2 Mrds contre les 7.5 actuels, approximativement la valeur de 1930, et respectivement et plus précisément 2,8 millions en Suisse, population d’avant 1900. Ceci à la condition stricte qu’un couple sur deux accepte de ne pas avoir d’enfant.
Même calcul avec un enfant admis par couple, c.à.d. un taux de fécondité de 1, à leur décès 8 nouveau-nés auront légués, 4/2/1 donc 7/8 individus dans 90 ans, ce qui correspondrait environ à la population en Suisse de 2002 , si le taux d’immigration est maintenu à zéro!
Le taux de fécondité mondial actuel en 2015 est de 2,5, ce qui veut dire que 8 nouveaux-nés toujours avec une équipartition des sexes procréeront à la première génération 4 X 2,5 , 10 individus, sur la base du même calcul on arrive donc à 10/12.5/15.625, c.à.d. à ~38. 38/8 représente dans 90 ans, 35 milliards d’habitants sur la planète.
Avec le taux de fécondité actuel suisse de 1,5 en 2017, on obtient sur les 8 du départ, 5,6/3.92/2.7, 12 individus et extrapolé sur la population totale de la Suisse, dans le rapport 12/8, on atteindra donc 12.4 millions d’habitants dans 90 ans sans tenir compte des ~70’000 personnes d’immigration annuelle dans la tranche de la moyenne de 30 ans (avec un taux de fécondité de 2 à 2.5) représentant environ 3 millions en 90 ans, ni de leurs enfants (3M). Avec ces derniers apports, on atteindra ~18 millions d’individus dans 90 ans contre 8.5 actuel et une dha de 380/km2, dépassant celle actuelle de l’Inde.
Excédent de population pour laquelle il faudra créer des logements, emplois et exploiter des biens de consommations.v. article surpopulation
Ontologie de la génération
Approche biophilosophique, psychanalytique et sociologique de la génération
A l’heure actuelle où la contraception est devenue un outil courant et efficace de l’auto-régulation d’une espèce en apparente évolution intellectuelle et culturelle, plusieurs considérations psychologiques, philosophiques et biologiques doivent être évoquées dans un cadre social général pour comprendre le concept de la nécessité de la régulation de la population par les naissances.
Si dans les temps anciens la génération des hommes, êtres bien inscrits dans le règne animal, était régie par des lois de survie dans une nature hostile aux plus vulnérables et que la descendance de l’homme était garantie et régulée par un heureux rapport du hasard des rencontres procréatives que celui-là recherchait et de la sélection que la nature encore indomptée exerçait, aujourd’hui dans son expansion peu freinée, sa suprématie sur la nature et son développement en sociétés complexes révèlent des aspects plus intellectuels de la vision de ce concept même de la procréation.
L’enfant miroir et sa fin
Avec l’évolution historique des sociétés humaines comme on la connaît, partant d’une structure à tête dominante, un roi, un dictateur..puis d’avantage hiérarchisée et prétendant enfin à une répartition égale des forces, les sociétés évoluent progressivement vers une meilleure répartition du pouvoir. L’individu quel qu’il soit revendique alors une plus grande considération de sa valeur et de sa vie, une autonomie et un pouvoir équivalent à celui de l’autre. C’est une projection narcissique qui est progressivement mise en jeu et fonctionnant comme garant de l’expansion de l’espèce humaine, se greffant sur l’ordre naturel de génération autrement muselé dans les temps anciens. A une période de la Grèce antique, pour le bien de la société, les enfants nés déficients étaient sacrifiés sur la décision des sages et avant le moyen-âge on connaissait déjà des méthodes de contraception pour parer aux êtres non désirés portant des préjudices matériels ou politiques. Aujourd’hui, la dimension personnelle psychologique et philosophique revêt plus d’importance.
En dehors des considérations pragmatiques, le projet d’un double de soi nourri par le fantasme de la « réplicité » peut constituer une représentation motivée de la génération chez l’homme, peut-être plus spécialement dans l’esprit mâle. Remontant jusqu’à nous, ce moteur ou pulsion qui perd logiquement de sa force dans les sociétés industrialisées laissant plus place à l’attrait et à la recherche de l’action est encore vainement discuté dans celles-ci; nombres de films hollywoodiens recherchent à éveiller ce fantasme, devenu au goût du langage d’aujourd’hui un « sens », afin de passer leur message pro-nataliste et hypocritement « responsabilisant » visant spécifiquement les pères qui ne s’inscrivent pas dans le fantasme de la “réplicité” mais plus dans la jouissance sans conséquences.
Publicité artificielle, parce qu’inadaptée et sournoise comme nous le verrons plus loin.
L’image spéculaire. le défi des maîtres et l’altérité
La croyance qui tend à se justifier le désir d’un enfant par la consécration et le prolongement de l’amour mutuel est encore une vision folklorique et rarement authentique, aujourd’hui l’amour de l’autre, s’il existe (cela demanderai de très longs développements de ce qu’est l’amour et de ce qu’on y met), est une denrée rare.
Y associé ou indépendamment, on connaît aussi le désir du défi expérimental de la genèse et la projection trépidante de cet être « dupliqué », représentation enrichie du simple reflet narcissique ou avec la considération de l’autre comme un être « conjugué » entre les deux partenaires.
Secondairement et accessoirement arrivent la jouissance de devenir « maître, maîtresse » mais plus rarement guide d’un enfant, en envisageant plutôt le bénéfice d’une situation formatrice pour soi avec la recherche de plus de responsabilité, plus d’importance et un rôle supposé social dans une société de reconnaissance par imitation.
Le refus vigoureux qu’opposent beaucoup de parents à la suggestion d’adoption, lorsque soumis à cette alternative, permet d’analyser et d’appuyer la thèse de l’enfant comme être conjugué ou image projetée.
Un enfant adopté ne découle pas de nos gènes, ne représente pas une image spéculaire s’y reposant, rarement d’une confection intime ancrée dans l’histoire amoureuse. Celui-là mettrait à mal le renforcement du sens de l’ « identité » et renvoie partiellement à celui de l’altérité. Altérité qui rappelle que l’autre n’est pas mien du moins par la matière , n’est pas un être “viscéral”, mais bien étranger à moi, bien que cependant l’enfant propre est en soi une pure altérité ; même s’il reflète une partie de soi ou de l’autre, possède la moitié des gènes exprimés chez un parent et qu’une seule partie de ces gènes s’expriment en lui et d’autres provenant de l’ascendance, représentant certe un symbole générationnel.
Dans les instants où la haine du partenaire s’immisce, l’enfant peut devenir en partie le rappel incarné, encore une altérité en la circonstance détestable, sans considérer toute la différence psychologique que cet enfant connaîtra et développera au grès de ses expériences et des identifications dans l’univers extra-familial souvent adverse et très différent comme une personne étrangère.
C’est une « propriété privée réflexive » que beaucoup d’hommes et femmes recherchent sans vouloir l’admettre, et ceux qui au départ ne s’y souscrivent pas entrant dans une idéologie autre comme celle de l’enfant thérapeute ou l’enfant formateur ou mieux acceptant l’expérience de l'”altérité” sont probablement les moins déçus et savent qu’ils peuvent s’attendre à des surprises, les recherchant même, comme arme contre l’ennui existentiel.
L’expérience montre que le partenaire devient complice ou ennemi, voire étranger. Ennemi pour diverses raisons, notamment par la distance psychique créée ou révélée par l’évolution divergente des projections et besoins des partenaires au cours du temps, la divergence et incompatibilité des lois de chacun et fondamentalement l’impossibilité d’instaurer une instance psychique tierce dépassant les revendications réciproques aperçues comme une menace psychique et ontologique.
Les parents jouent souvent à un jeu dangereux avec un total manque de responsabilité, dans le sens où ils surestiment leur aptitudes psychiques ou moyens matériels à gérer la dynamique et la charge de l’enfant, sans pourvoir d’abord à analyser leur propre parcours ou réfléchir sur le sens du projet.
Devoir social, imitation et pulsions
Lorsque l’on sonde de futurs parents, de manière générale, les hommes considèrent cet acte comme un devoir social et familial. Aux extrêmes d’une palette de motivations, Ils sont soit vivement incités par leur compagnes sans aucun désir propre ou au contraire de fervents instigateurs de la paternité…..
Le besoin d’enfanter chez les femmes reposerait a priori sur une pulsion physiologique, confortée ou non par des stimulations psychiques ou nourri par des conceptions philosophiques et culturelles. …Les femmes pensent trouver un sens à leur vie par la génération et semblent combler un certain vide ontologique (sujet de débat qui demanderait de longs développements). Désir et projets indépendants de leur niveau de formation, de leur disponibilité à une vie familiale et donc même de la sollicitation à l’outrance de leur employeur et de leur productivité qui ne cesse de s’intensifier et probablement dépasse celle des hommes dans maints domaines. Elles l’obtiennent coûte que coûte.
Donc, le primat du confort ou l’occupation dans d’autres tâches physiques, mentales ou projets intellectuels ne constitue pas nécessairement un facteur de régulation. Le sacrifice fait fi du bon sens, notamment quant aux moyens de subsistance et n’en est encore moins lorsque toute la société donne aveuglément sa bénédiction à la procréation.
Dans la plupart des sociétés industrialisées, ce besoin d’ « avoir un enfant », de « faire un enfant » est un besoin par imitation et un alibi de « sociabilisation », une carte de visite. Il a une fonction identitaire sociale.
Aujourd’hui, beaucoup de gens ont une vue obscure ou simpliste sur cette problématique et présentent moins de lucidité sur celle-ci que sur celle d’une meilleure perspective de vie professionnelle, la recherche d’un autre emploi ou d’une meilleure situation, d’un plus grand confort d’une manière général. Il s’agit plus d’un luxe obligé, une lubie qui doit impérativement donner suite, une charge stimulante voulue, au pire cas un devoir sans tête ! La génération ne constitue pas un besoin premier, mais revêt un aspect ludique, incarne un rêve flou.
L’enfant-bien, enfant-luxe
Dans les pays industrialisés, on est loin des sociétés anciennes où la main d’œuvre d’enfant était pensée comme un outil indispensable à la survie du métayer. Rappelons que dans beaucoup de sociétés depuis au moins 500 ans, des méthodes de contraception basées sur les connaissances des cycles féminins étaient appliquées, sans parler des avortements. Pour la grande masse, les enfants étaient considérés dans une optique économique, en sus d’une régulation naturelle (décès infantile ..) on appliquait ces méthodes pour prévenir de leur surabondance. La régulation ne date donc pas d’aujourd’hui et elle s’inscrivait dans une plus grande intelligence pragmatique et écologique.
Actuellement dans certains pays comme l’Italie le taux de natalité chute, le bien-être et l’aisance personnels devenant de plus en plus inaccessible notamment en raison de la surpopulation, par clairvoyance et nécessité les italiens par leur décisions individuelles régulent leur population.
Dans des pays où cette problématique et cette clairvoyance n’existent pas ou restent secondaire, cette conscience n’affecte pas les individus. Ils gardent une foi inébranlable en l’avenir et comptent aussi sur la société pour les soutenir . Les futurs parents veulent réaliser leur rêve, comme ils le font pour les biens matériels.
Pour être caricatural, on a l’impression que certains font ce projet comme s’il s’agissait de choisir et acquérir une nouvelle automobile avec recherche d’effet de “nouveauté”. Aujourd’hui dans un contexte d’aisance matérielle relative, l’enfant est un luxe qu’on s’offre à prix d’or.
L’enfant béni – la subsistance de l’espèce
Tant bien même que l’enfant puisse être désiré en pur fruit de l’amour sans aucun désir égoïste, ni par la conséquence d’un comportement imitatif ou d’un ennui existentiel, enfin un modèle qui mériterait la sympathie, il n’en demeure pas que des cas semblables ne sont pas légions et que dans la situation alarmante actuelle, il faudrait d’abord songer à un assainissement de la démographie qui, une fois réalisé, avec la baisse de la tension capitaliste, offrira des conditions intellectuelles et affectives évoluant dans ce sens avec une modération consécutive des naissances, et instauration de cadre plus humain où la dimension qualitative des projets primeront sur l’aspect quantitatif et capitaliste.
En attendant tous ne sont pas égaux devant cette prise de risque et certains sans aucun sens éthique jouent avec le bien-être de l’autre avant même d’avoir sondé le leur propre qui reste une priorité, générant des répliques monstrueuses larguées dans une société “sauvage”.
L’auteur
