Biophilosophie de l’adaptation
mai 2017
Introduction
On tient de manière simplifiée deux positions subjectives aux obligations.
Une manière est de les épouser dans un esprit de complicité ou d’adhésion totale, une autre d’y advenir en respectant en priorité son déploiement progressif.
Dans le premier cas, on fait corps avec les événements et peut-être sans « conscience », en tirant bénéfice du sentiment de liberté que cette situation nous procure, répondant probablement à une forte culpabilité dans notre contexte socio-économique, à une angoisse du désoeuvrement ou simplement au besoin d’entrain et de prise immédiate sur la vie.
Dans le second, on privilégie l’estime de soi avec la conscience que notre existence a d’abord plus de valeur que nos actes ou qu’en priorité nous répondons de notre corps. La liberté est ici celle de la conscience même qui ne s’attache pas d’abord à l’objet, mais répond au besoin premier de vivre « juste », l’équité répondant à l’éthique et à la logique ou inversement.
Dans l’ordre de l’adaptation biologique de l’organisme au rythme de vie, il y a également une dichotomie similaire. Certaines personnes répondent de manière immédiate à sa cadence et d’autres de manière progressive ou différée.
Il y a un lien certain entre la disposition philosophique et les conditions psychologiques et biologiques de l’homme.
La “maladie” pour exemple peut constituer un terrain penchant la tendance vers le second mode d’exister. Ce qui d’ailleurs peut rendre les personnes atteintes plus humaines, à l’écoute de soi et de l’autre comme existences avant toute mise en scène. Ceci dans la mesure où leur souffrance ne devient pas source d’agressivité et de revendications à la société également avec une mise en scène d’un échec relatif à une société outrée, mais rappellent les valeurs existentielles en dénonçant d’autant mieux les problématiques générées par un rythme de vie effréné établi par celle-là.
La disposition pathologique offre cet avantage d’éveil ou la nécessité de la considération du soi. Ce positionnement envoie un signal avant-gardiste de la rupture que l’homme est en train d’instaurer au sein même de l’organisme conscient de soi avec la tentative d’en faire une machine éternelle.
Attaché à ses caractéristiques et propriétés générales et spécifiques, l’organisme est doublement bouleversé par l’agression que peut constituer l’adaptation, qu’elle soit rationnellement consentie ou non. Il subit des lois ne cadrant pas nécessairement à son organisation propre (v. rythmes biologiques dépendant de l’environnement physique, satisfaction de son système de récompense dans un écosystème équilibré…etc), des impératifs sollicitant remaniement permanent de son organisation, provoquant dans la durée sa dégradation, constituant une source d’instabilité qui peut l’inciter à répondre de manière inefficiente, désorganisée ou cataclysmique dans un contexte environnemental global; surconsommation de nourriture, d’objets réels ou virtuels, de stimulations… surproduction d’idées, de matières, d’êtres…, tout une panoplie d’actions humaines qui ne connait aucune mesure de régulation à l’exigence de l’écosystème que celle actuellement menée très maladroitement par des instances externes ou par lui-même.
Contrairement aux objets et événements physiques tant soient-ils complexes et présentant également des dynamiques d’équilibre ou chaotiques, l’objet biologique ne tolère pas le dépassement d’une limite définie de transformation et d’équilibre sans perdre son principe et ses caractéristiques et transcender dans le monde purement physico-chimique, ce qui se produit par la sénescence.
Les régulations organiques et environnementales représentent des processus fondamentaux de son essence même. Une « faille organique », telle une septicémie fulgurante (défaillance organique puis systémique) ou un contexte d’ « entassement » peuvent menacer son existence (dépression, suicide)
D’un point de vue écosystémique, l’homme n’a de prédateur avéré que lui-même, ce qui l’a d’ailleurs conduit à la situation actuelle et son salut dépend d’une réflexion authentique qu’il est prêt à mener au-delà des impératifs culturels, socio-politiques et économiques, afin de vérifier en quoi ces impératifs sont ou ne sont pas les seules options pour un état actuel ou un avenir meilleur.
Dans cette réflexion éthique, il ne s’agit pas d’emblée de contester ou non ces impératifs ou de viser de nouvelles lois en accord ou désaccord avec ses besoins et revendications propres, compte tenu du contexte actuel de notre impact sur notre écosystème et plus égoïstement sur notre viabilité avenir et rentrer d’emblée dans des oppositions politiques où les plus “forts ou riches” ont souvent raison.
Il s’agit en premier lieu pour chacun de traverser par la réflexion le fondement de ses propres valeurs. Ensuite à réfléchir sur le sens qu’offrent ces valeurs dans son existence. Puis d’entendre les problématiques qu’aborde la biophilosophie afin de lui ouvrir des perspectives sur des besoins essentiels. Enfin de le conduire à une prise de conscience des conséquences de tout acte dans le contexte du biosystème et de sa seule responsabilité individuelle, unique moteur du changement.
L’auteur
